L’école peut-elle encore transformer la société camerounaise ?


Pendant longtemps, l’école camerounaise n’a pas seulement été un lieu d’apprentissage académique. Elle était un espace de formation du citoyen, un creuset de valeurs communes où se construisaient le respect de l’autre, le sens du devoir et l’attachement au bien public. Aujourd’hui, face aux crises sociales, morales et civiques que traverse le pays, une question s’impose : l’école peut-elle encore être un levier de transformation sociale au Cameroun ?
Les transformations du système éducatif camerounais
Depuis les années 1990, les programmes scolaires camerounais ont connu plusieurs mutations profondes qui ont progressivement redéfini le rôle de l’école.
Le premier tournant majeur est le retrait progressif de l’éducation civique et morale en tant que pilier structurant de la formation. Cette matière, autrefois centrale, inculquait les notions de citoyenneté, de responsabilité, de respect des biens publics et de vivre-ensemble. Sa marginalisation a laissé un vide normatif que ni les familles ni les autres disciplines n’ont réellement comblé.
Le deuxième changement réside dans la focalisation excessive sur la performance académique et les examens. L’école s’est transformée en une usine à diplômes, où la réussite se mesure davantage par les notes que par la capacité à devenir un citoyen responsable et engagé.
Enfin, le troisième bouleversement concerne le décalage croissant entre les programmes et les réalités contemporaines. Numérique, entrepreneuriat, écocitoyenneté, pensée critique ou culture démocratique restent marginales, alors même qu’elles structurent la société moderne.
D’hier à aujourd’hui : l’école comme miroir de la société
Avant ces transformations, la société camerounaise reposait davantage sur des repères collectifs : respect de l’autorité, solidarité communautaire, retenue face à l’incivisme et attachement au bien commun. L’école jouait un rôle discret mais fondamental de régulation morale.pas une société idéale mais un signal vrai d’un équilibre en construction
Aujourd’hui, le paysage social a changé. Montée de l’incivisme, banalisation de la corruption, perte de confiance dans les institutions et crise du vivre-ensemble sont devenues des réalités visibles. Certes, l’école n’est pas l’unique responsable. Mais elle n’est plus ce socle éducatif capable d’anticiper et de corriger les dérives sociales.
Quand l’éducation refonde une nation : l’exemple du Rwanda
L’expérience du Rwanda illustre pourtant le pouvoir transformateur de l’éducation. Après le génocide de 1994, le pays a fait de l’école un outil stratégique de reconstruction nationale : réintroduction de l’éducation civique, enseignement de l’unité nationale, promotion de l’éthique, du numérique et de l’innovation.
Cette politique éducative volontariste a contribué à forger une jeunesse disciplinée, une administration plus efficace et une société tournée vers la reconstruction, malgré des défis encore réels.
Repenser l’école camerounaise : espoir et vigilance
Oui, l’école peut encore changer la société camerounaise à condition d’en redéfinir clairement la mission. Cela implique de réintroduire une éducation civique moderne et critique, de former les enseignants comme éducateurs de citoyens, d’aligner les programmes sur les enjeux actuels et de reconnecter l’école aux communautés.
Mais des garde-fous sont indispensables : une éducation civique sans esprit critique devient endoctrinement ; une réforme sans moyens reste symbolique ; une école instrumentalisée politiquement perd sa crédibilité.
Si l’école façonne les citoyens de demain, quelle société sommes-nous en train de construire à travers ce que nous enseignons ou choisissons de ne plus enseigner aujourd’hui ?
La réponse à cette question déterminera si l’école camerounaise redeviendra un moteur de transformation sociale ou restera le simple reflet de nos contradictions collectives.
Par kendjou taka Gabriel Pour AfricTivistes CitizenLab Cameroun
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