S’informer ou consommer l’information ? Pourquoi le citoyen doit changer de posture


À l’ère des technologies de l’information et de la communication, combinées à l’essor rapide de l’intelligence artificielle, nos sociétés sont confrontées à une explosion des flux informationnels. Désinformation, mésinformation, malinformation : ces phénomènes ne sont plus marginaux, ils structurent désormais une grande partie de l’espace numérique.
Dans ce contexte, la construction d’une véritable identité citoyenne se retrouve fragilisée. Les efforts éducatifs sont souvent sapés, les acteurs crédibles de la production de l’information sont décrédibilisés, et la confiance dans les sources s’effrite. Mais le principal perdant reste, sans conteste, le citoyen.
Privé d’accès direct aux sources fiables, aux faits vérifiés et aux données contextualisées, il se retrouve de plus en plus guidé non par l’information, mais par l’opinion. Or, l’opinion est souvent le reflet de préjugés, de constructions mentales a priori et de narratifs émotionnels, rarement fondés sur des bases solides. Elle ne permet ni la construction d’une conscience citoyenne éclairée, ni l’édification de fondations démocratiques durables.
Un dilemme moderne : s’informer ou consommer l’information ?
Le citoyen d’aujourd’hui se retrouve ainsi, parfois malgré lui, face à un dilemme profond : s’informer réellement ou simplement consommer de l’information.
Consommer l’information, c’est faire défiler, partager, réagir, sans filtre, sans recul, sans vérification. C’est absorber des contenus comme on consomme des produits, guidé par l’émotion, l’algorithme et la viralité.
S’informer, au contraire, implique une posture active, consciente et responsable. Cela suppose de prendre le temps, de questionner les sources, de confronter les points de vue et de vérifier les faits.
Les sciences cognitives ont d’ailleurs montré que le cerveau humain a naturellement tendance à rechercher ce qui confirme ses croyances (biais de confirmation), ce qui renforce la formation de bulles informationnelles et la radicalisation des opinions. Dans ce contexte, changer de posture devient un acte citoyen en soi.
S’informer, aujourd’hui, revient à maîtriser des outils de tri, de lecture critique et de vérification de l’information, aussi bien en amont qu’au moment de sa diffusion. C’est une compétence citoyenne essentielle.
Cela implique notamment de :
- Aiguiser son esprit critique face à l’uniformisation massive de la pensée, présentée comme un idéal, alors même que la différence est perçue comme un obstacle. Or, la diversité est une richesse et un principe fondamental de toute société démocratique ;
- Se former en continu, car la formation est un levier puissant pour préserver une voix citoyenne autonome, consciente et actrice du changement ;
- Ne partager que des informations vérifiables, issues de sources crédibles et recoupées ;
- Adopter un comportement numérique sain, fondé sur l’éthique, la responsabilité et le respect des principes de construction d’une conscience citoyenne.
Je le disais lors d’un échange collectif : aujourd’hui, la difficulté ne réside pas dans la disponibilité de l’information. L’information est partout. Le véritable enjeu est de trouver la bonne information. Et la bonne information, tant dans sa production que dans sa diffusion, exige une maîtrise des techniques et outils de vérification des faits. Le fact-checking n’est plus réservé aux journalistes : il devient une compétence citoyenne de base.
C’est ce type de citoyen dont nos sociétés auront besoin à partir d’aujourd’hui : un citoyen lucide, critique, formé, responsable, capable de s’informer sans se laisser manipuler, et de participer activement à la construction d’un espace public sain.
Changer de posture face à l’information n’est donc pas un luxe intellectuel. C’est une nécessité démocratique.
KASSI Roland, pour AfricTivistes CitizenLab Cameroun