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Respecter la loi quand personne ne regarde : mythe ou choix conscient ?


Jeter une bouteille par la fenêtre, uriner sur un mur, griller un feu rouge à minuit, refuser qu’un enfant recommence un concours après un échec. Autant de gestes banals, presque anodins, surtout lorsqu’aucun agent, aucun voisin, aucun regard ne semble présent. Pourtant, ces gestes disent tout d’une société. Respecter la loi quand personne ne regarde n’est ni un mythe ni une fatalité : c’est un choix conscient, construit dans le temps. Et c’est là que se joue l’avenir civique du Cameroun.
1. Quand la loi dépend du regard des autres
Au Cameroun, comme dans de nombreux pays africains, la loi est souvent perçue comme une contrainte extérieure plutôt qu’une règle intériorisée. On respecte le code de la route lorsqu’un policier est au carrefour. On évite de jeter les ordures lorsqu’une caméra ou un chef de quartier est présent. Une fois le contrôle absent, la règle s’efface.
Dans plusieurs villes camerounaises, les dépôts sauvages d’ordures bordent les routes quelques mètres seulement après des panneaux interdisant de jeter les déchets. Les murs servent d’urinoirs publics, même à proximité d’établissements scolaires ou administratifs. Non pas par ignorance tout le monde sait que c’est interdit mais parce que la sanction est improbable.
La loi, dans ce contexte, est vécue comme une peur ponctuelle, pas comme une valeur.
2. Occident : la force de la norme invisible
Dans de nombreux pays occidentaux, le respect de la loi repose moins sur la présence de l’autorité que sur l’intériorisation de la norme. À Paris, Berlin ou Stockholm, un citoyen évite de jeter un papier au sol même dans une rue vide. Non parce qu’il est surveillé, mais parce que le geste est socialement inacceptable.
Un autre exemple frappant : l’échec scolaire. Dans plusieurs systèmes éducatifs occidentaux, redoubler ou reprendre un concours n’est pas perçu comme une honte familiale, mais comme une étape normale de l’apprentissage. L’enfant comprend très tôt que les règles s’appliquent à tous, sans exception, et que l’effort prime sur le passe-droit.
Cette discipline invisible se construit dès l’enfance, par la cohérence entre l’école, la famille, l’espace public et les institutions.
3. Cameroun : quand l’exception devient la règle
Au Cameroun, l’inverse est souvent valorisé. Faire redoubler son enfant après un échec est parfois vécu comme une humiliation sociale. Obtenir un « arrangement », un coup de fil, une faveur devient une preuve d’intelligence ou d’influence.
Ce message implicite est dévastateur : la règle n’est pas faite pour être respectée, mais contournée.
De la petite corruption quotidienne aux grandes incivilités urbaines, cette logique alimente un cercle vicieux. Pourquoi respecter la loi si ceux qui la violent réussissent plus vite ? Pourquoi être discipliné si l’indiscipline semble récompensée ?
Ce n’est pas un problème de textes juridiques. Le Cameroun dispose de lois claires. Le problème est culturel et éducatif.
4. La mentalité du respect se construit, elle ne s’impose pas
Respecter la loi quand personne ne regarde est une compétence sociale. Elle se construit par :
- L’exemple des parents, qui respectent ou non les règles du quotidien ;
- Une école qui valorise l’effort, la responsabilité et la sanction juste ;
- Un espace public où l’incivisme n’est pas banalisé ;
- Des institutions crédibles, cohérentes et équitables.
On ne naît pas citoyen discipliné, on le devient. Et cette construction commence bien avant la peur de la sanction.
5. Réapprendre la citoyenneté au-delà de la contrainte
Face à cette crise de l’intériorisation des règles, la société civile joue un rôle déterminant. C’est dans cet espace que s’inscrit l’action du AfricTivistes Citizen Lab Cameroun.
Le Citizen Lab Cameroun ne se contente pas de rappeler les lois. Il travaille à changer les mentalités en aidant les jeunes à comprendre pourquoi respecter une règle, même lorsqu’aucun regard ne les observe.
À travers des formations, campagnes civiques, débats publics et actions communautaires, le Citizen Lab Cameroun :
- Déconstruit la culture du passe-droit
- Valorise l’éthique personnelle et la responsabilité individuelle ;
- Encourage l’engagement citoyen quotidien, discret mais constant ;
- Montre que la citoyenneté commence dans les petits gestes ordinaires.
C’est une citoyenneté vécue, pas imposée.
Conclusion Le vrai test de la loi
La véritable mesure du respect de la loi n’est pas ce que nous faisons sous surveillance, mais ce que nous faisons seuls.
Le Cameroun ne manque ni de lois ni de discours. Il manque d’une citoyenneté intériorisée, patiente et cohérente.
Respecter la loi quand personne ne regarde n’est pas un mythe. C’est un choix conscient. Un choix qui se construit. Un choix qui s’apprend. Et un choix sans lequel aucune société durable ne peut exister.
Appel à l’action
Changer les mentalités commence par l’éducation citoyenne et l’exemplarité. Des initiatives comme le AfricTivistes Citizen Lab Cameroun montrent qu’un autre rapport à la loi est possible. Reste à en faire une culture partagée.
Par kendjou taka Gabriel