Pourquoi les partis politiques camerounais peinent-ils à attirer les jeunes ?

« La politique aux politiciens. »
Cette phrase, longtemps répétée dans les discours publics et dans l’imaginaire collectif camerounais, a profondément marqué plusieurs générations de jeunes. Derrière cette formule se cachait une idée implicite : la politique n’était pas un espace pour les citoyens ordinaires, encore moins pour les jeunes. Elle était réservée à une élite expérimentée, installée et proche du pouvoir.
Au fil des années, cette perception a contribué à éloigner une grande partie de la jeunesse camerounaise de l’engagement politique. Beaucoup ont grandi avec l’idée que leur rôle n’était pas de gouverner, décider ou influencer, mais simplement de survivre dans un système où les jeux semblaient déjà faits.
Une jeunesse façonnée par la débrouillardise et la survie
Face aux difficultés économiques, au chômage massif et à la précarité sociale, de nombreux jeunes ont progressivement déplacé leurs priorités. La politique est devenue secondaire face à l’urgence quotidienne : trouver un emploi, payer un loyer, soutenir sa famille ou simplement « se débrouiller ».
Dans ce contexte, le désengagement politique n’est pas uniquement un manque d’intérêt. Il est aussi le résultat d’un profond sentiment d’impuissance.
Beaucoup de jeunes ont le sentiment que :
- les décisions sont déjà prises à l’avance ;
- les élections changent peu leur réalité ;
- les postes importants restent réservés à un cercle fermé ;
- les partis politiques ne s’intéressent à eux qu’en période électorale.
Cette perte de confiance a créé une génération souvent distante des idéologies politiques, sceptique envers les institutions et davantage tournée vers des stratégies individuelles de survie.
Le système des petites récompenses
Au lieu de construire une véritable inclusion politique des jeunes, plusieurs partis ont longtemps entretenu une logique de fidélisation basée sur de petites récompenses : promesses d’emploi, enveloppes financières, postes symboliques ou avantages ponctuels.
Progressivement, certains jeunes ont compris qu’il semblait plus rentable de servir les « anciens » au pouvoir que de porter des idées nouvelles ou de défendre des convictions profondes.
Dans ce système, la loyauté est souvent valorisée davantage que la compétence ou l’innovation. Les jeunes les plus visibles sont parfois ceux qui répètent les discours officiels sans réellement remettre en question les pratiques existantes.
Quelques figures de jeunesse sont alors mises en avant, soigneusement choisies, afin de donner une impression d’ouverture et de renouvellement. Mais pour beaucoup de jeunes, cette représentation reste limitée et insuffisante. Elle ressemble davantage à une stratégie d’apaisement qu’à une réelle volonté de partager le pouvoir.
Une nouvelle conscience politique émerge
Malgré ce contexte, les choses évoluent progressivement.
Avec les réseaux sociaux, l’accès à l’information et les mouvements citoyens, une partie croissante de la jeunesse camerounaise commence à remettre en question les anciens schémas politiques.
De plus en plus de jeunes prennent conscience qu’ils méritent mieux qu’un simple rôle d’exécutants ou de spectateurs. Ils veulent désormais :
- participer aux décisions ;
- influencer les politiques publiques ;
- défendre leurs intérêts ;
- porter leurs propres visions ; * gouverner eux-mêmes leur avenir.
Cette nouvelle génération ne cherche plus uniquement à « suivre » le pouvoir. Elle veut comprendre, questionner, proposer et transformer.
L’engagement citoyen prend alors de nouvelles formes : activisme numérique, médias citoyens, initiatives communautaires, plaidoyers sociaux, entrepreneuriat engagé ou participation aux débats publics.
Le rôle d’Africtivist Citizen Lab Cameroun
C’est dans cette dynamique d’éveil citoyen que Africtivist Citizen Lab Cameroun joue un rôle important.
À travers l’éducation citoyenne, le renforcement des capacités numériques, la sensibilisation à la gouvernance et la promotion de la participation des jeunes, le Citizen Lab Cameroun contribue à faire émerger une jeunesse plus consciente de ses droits, de son pouvoir et de sa responsabilité dans la transformation sociale et politique du pays.
L’objectif n’est pas seulement d’encourager les jeunes à intégrer des partis politiques, mais surtout de leur redonner confiance en leur capacité d’agir, d’influencer et de construire un Cameroun plus inclusif, transparent et participatif.
Car au final, l’avenir politique du Cameroun dépendra largement de cette jeunesse : une jeunesse capable de passer de la résignation à l’engagement, de la survie à la vision, et du silence à l’action citoyenne.
Par Kendjou Taka Gabriel pour Africtivist Citizen Lab Cameroun
