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Pourquoi l’injustice qui nous avantage nous choque rarement ?

L’injustice est souvent dénoncée lorsqu’elle nous frappe. Elle devient un scandale lorsqu’elle nous prive d’une opportunité, d’un droit ou d’une reconnaissance. Pourtant, la même injustice semble beaucoup moins choquante lorsqu’elle nous favorise.

C’est l’un des paradoxes les plus profonds de nos sociétés : nous condamnons volontiers les privilèges des autres, mais nous questionnons rarement ceux dont nous bénéficions.

Au Cameroun, cette réalité s’observe quotidiennement. Un recrutement basé sur les relations plutôt que sur le mérite choque peu lorsqu’il profite à un proche. Une intervention pour contourner une procédure administrative paraît acceptable lorsqu’elle nous facilite la vie. Une faveur accordée en dehors des règles est souvent perçue comme une chance plutôt que comme une injustice.

Progressivement, nous avons développé une tolérance sélective à l’injustice.

Cette attitude produit pourtant des conséquences profondes. Lorsqu’une injustice avantage certains et pénalise d’autres, elle fragilise la confiance collective. Elle crée un sentiment d’exclusion chez ceux qui ne disposent pas des mêmes réseaux, des mêmes soutiens ou des mêmes privilèges.

Peu à peu, les citoyens cessent de croire aux institutions. Le mérite perd sa valeur. L’effort paraît inutile. Les frustrations s’accumulent.

Plus grave encore, cette acceptation silencieuse de l’injustice nourrit les divisions. Chacun se replie sur son groupe, sa communauté, sa région ou ses intérêts personnels. Au lieu de défendre des principes communs, nous défendons les avantages qui nous profitent.

L’unité nationale s’en trouve affaiblie.

L’histoire nous enseigne pourtant que l’indifférence face à l’injustice finit toujours par se retourner contre ceux qui la tolèrent.

Le célèbre pasteur allemand Martin Niemöller l’exprimait ainsi :

« Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, car je n’étais pas Juif. Puis ils sont venus chercher les communistes, et je n’ai rien dit, car je n’étais pas communiste. Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n’ai rien dit, car je n’étais pas syndicaliste. Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour parler pour moi. »

Cette citation rappelle une vérité essentielle : une injustice tolérée aujourd’hui parce qu’elle touche les autres peut devenir demain une injustice qui nous frappe directement.

Une société juste ne se construit pas seulement lorsque nous défendons nos propres droits. Elle se construit lorsque nous défendons aussi les droits de ceux qui ne nous ressemblent pas, de ceux qui ne partagent pas notre origine, notre opinion politique ou notre statut social.

Le défi du Cameroun n’est donc pas uniquement de lutter contre les injustices les plus visibles. Il est également de transformer notre rapport collectif à l’équité, à la solidarité et à la responsabilité citoyenne.

Cela implique de développer une culture où les citoyens sont capables de dénoncer une injustice même lorsqu’elle leur est favorable. Une culture où les principes comptent davantage que les avantages personnels.

C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit le travail d’Africtivist Citizen Lab Cameroun.

À travers l’éducation citoyenne, les médias participatifs, les campagnes de sensibilisation et le renforcement des capacités des jeunes, Africtivist Citizen Lab Cameroun contribue à éveiller les consciences sur les enjeux de justice sociale, de gouvernance et de participation citoyenne.

L’objectif est de construire une citoyenneté active capable de défendre l’intérêt général avant les intérêts particuliers, de promouvoir la transparence et de renforcer les liens entre les différentes composantes de la société camerounaise.

Car aucune nation ne peut progresser durablement lorsque chacun défend uniquement ce qui l’avantage.

Le Cameroun dont nous rêvons ne sera pas bâti par des privilèges individuels, mais par une conscience collective capable de dire non à l’injustice, même lorsqu’elle nous profite.

C’est à ce prix que naîtront la confiance, l’unité et le progrès partagé.

Par Kendjou Taka Gabriel Pour Africtivist Citizen Lab Cameroun

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