LE POUVOIR SANS MANDAT : CES ACTEURS QUI FAÇONNENT LA SOCIÉTE SANS ETRE ÉLUS

On vote tous les 5 ou 7 ans, on élit les députés, les maires, le président : ça, c’est le pouvoir avec mandat ; celui qui a un bureau, un budget de l’État. Mais à côté, il y’a un autre pouvoir, un pouvoir qui ne passe pas par les urnes, un pouvoir qui influence, oriente, fait : c’est le pouvoir sans mandat.
Au Cameroun, si tu veux vraiment bouger les lignes, il faut regarder ailleurs, celui qui n’a pas été choisi dans les urnes, mais qui décide quand même.
QUI SONT CES ACTEURS SANS ÉCHARPE ?
Au Cameroun, ils sont partout et le plus visible aujourd’hui c’est la société civile. Depuis la loi de 1990 sur la liberté d’association, le pays compte plus de 50000 OSC : ONG, GIC, Associations, Fondations ; elles ne sont élues par personne pourtant elles pèsent.
À côté d’elles, il y’a :
- Les chefs traditionnels : le Lamido, le Fon, le Chef de 3Ième degré. Pas de bulletin de vote, mais quand il parle au palais, le village se tait.
- Les leaders religieux : un prêche du dimanche ou un prône du vendredi peut mobiliser une grande assemblée.
- Les influenceurs et médias : une vidéo Tiktok, un live Facebook, un ‘‘scoop’’ sur WhatsApp, en peu de temps, tout le pays en débat
- Le secteur privé et les syndicats : le GICAM, les transporteurs. Quand ils bloquent, l’économie prend un coup.
- Les bailleurs de fonds : banque mondiale, FMI. Ils n’ont pas le passeport camerounais mais ils décident des grands projets.
COMMENT LES OSC EXERCENT CE POUVOIR SANS ÊTRE ÉLUES ?
Elles n’ont pas de loi à voter, pas de budget de l’État, mais elles ont des leviers :
- L’action directe sur le terrain : là où l’État n’arrive pas, elles arrivent. Dans le NOSO, ce sont des OSC comme Reach Out ou CBCHS qui donnent de l’eau, scolarisent, soignent.
- L’expertise et le plaidoyer : Quand il faut écrire une nouvelle loi sur le VIH, l’environnement ou les élections, le gouvernement appelle les OSC parce qu’elles sont sur le terrain depuis 20 ans ; elles connaissent les vrais problèmes. Exemple : le CNLS a façonné toute la politique de lutte contre le Sida au Cameroun. Les OSC dénoncent, elles écrivent des rapports, elles manifestent.
- L’éducation et la sensibilisation : c’est elles qui expliquent aux jeunes leurs droits, les forment au Leadership, font des campagnes de sensibilisation sur les réseaux. C’est justement dans cette optique que AfricTivistes CitizenLab Cameroun œuvre pour la jeunesse.
POURQUOI CE POUVOIR FAIT DÉBAT ?
Parce que c’est un pouvoir invisible mais réel.
Les points positifs :
- Elles comblent les limites de l’État
- Elles donnent la parole aux jeunes, aux femmes et aux minorités.
En somme, Gouverner ce n’est plus seulement siéger au gouvernement. Gouverner, c’est aussi influencer, sensibiliser, dénoncer, construire. Le pouvoir sans mandat nous rappelle une vérité simple : la démocratie ne s’arrête pas au bureau de vote. Elle continue dans les bureaux des OSC, dans les églises, sur WhatsApp, dans les chefferies. L’idéal, ce pouvoir sans mandat qui travaille avec l’État pour construire. Parce qu’au final, un pays ne se construit pas seulement avec les lois votées. Il se construit aussi avec la voix de ceux qui n’ont pas de mandat, mais qui ont de la conviction et la responsabilité individuelle d’agir pour l’intérêt général.
Selon toi, quel acteur ‘‘san mandat’’ influence le plus la société camerounaise aujourd’hui ??
RIMO à MBASSA Davina
