SOMMES-NOUS ENCORE CAPABLES D’ÉCOUTER CEUX QUI PENSENT DIFFÉREMMENT ?

Dans une société démocratique, la diversité des opinions est une richesse, c’est même le carburant du progrès. Pourtant au Cameroun comme ailleurs, dialoguer avec quelqu’un qui ne pense pas comme nous peut devenir un sport de combat. Les débats politiques créent des divisions, les questions sociales finissent en pugilat sur les réseaux sociaux, les différences culturelles ou religieuses se transforment en barrières, tribalisme. On ne cherche plus à comprendre l’autre, on cherche à le faire taire, à avoir raison, à gagner.
Alors, il faut sérieusement se poser cette question : « sommes-nous encore capables d’écouter ceux qui pensent différemment » ?
LE CAMEROUN, L’« AFRIQUE EN MINIATURE » : UNE RICHESSE QUI FAIT PARFOIS PEUR
Plus de 250 groupes ethniques, le français, l’anglais, le fufulde, l’ewondo, le bamoun etc, deux systèmes juridiques, des chrétiens, des musulmans, des animistes, des forêts, des sahels, des plages constituent le Cameroun : l’Afrique en miniature.
Cette diversité devrait être notre super pouvoir, elle devrait nous rendre curieux, ouverts, accessibles, plus intelligents. Nous devrions chercher à comprendre l’autre, apprendre de celui qui prie différemment, s’intéresser à sa culture, s’enrichir de celui qui a grandi avec d’autres proverbes.
Mais parfois, on flippe. La différence devient un danger, l’autre devient un concurrent, le voisin devient un suspect. Et au lieu d’être une mosaïque, on devient un puzzle où chaque pièce veut rester dans son coin.
QUAND DÉBATTRE DEVIENT SE BATTRE
Regarde autour de toi, l’actualité, les débats entre voisins, sur les plateaux télé, ils se sont durcis. À la télé, on se coupe la parole, au quartier, ça finit en bagarre, parfois d’autres perdent la vie, sur WhatsApp, un désaccord sur la politique ou des personnes publiques et c’est la troisième guerre mondiale.
Des amitiés qui se cassent, les familles se divisent, les communautés se regardent en chiens de faïence, sur les réseaux, l’insulte a remplacé l’argument et l’échange, la désinformation a remplacé le fait.
On ne cherche plus à convaincre, on cherche à discréditer, à humilier, à clasher. Une simple divergence d’opinion peut devenir une escalade. On passe de ‘‘je ne suis pas d’accord’’ à ‘‘tu es bête’’, puis à un ‘ ‘tu es un traître à ta tribu’’ et aussi à ‘ ‘tu es même d’abord de telle tribu, donc je comprends’’.
POURQUOI ON N’ÉCOUTE PLUS ?
Cette surdité collective ne tombe pas du ciel.
D’abord, nos logiciels, on vient tous de quelque part. La famille, l’école, le village nous ont tous programmé. Si tu as grandi à Maroua par exemple, tu ne vois pas le Cameroun comme celui qui a grandi à Kribi et c’est normal. Le problème commence quand tu crois que ton logiciel est le seul qui marche, que ton expérience est la vérité universelle.
Ensuite, les réseaux sociaux nous ont piégés. Internet nous a donné la parole. Mais derrière un écran, sans voir le visage de l’autre, on devient des lions. On insulte, on menace, on partage sans vérifier. L’algorithme, lui, nous enferme dans des bulles, il nous montre seulement ce qui confirme ce qu’on pense déjà. Du coup, on se radicalise tout seul, sans s’en rendre compte, l’émotion écrase les faits.
Enfin, on confond « écouter » et « être d’accord ». Beaucoup pensent : ‘‘si je t’écoute, ça veut dire que je te donne raison ‘’, Faux. Écouter, c’est juste dire : okay, je comprends ton point de vue, même si je ne le partage pas. Tu peux entendre quelqu’un et ne pas changer d’avis, mais tu sors grandi et l’autre aussi.
LE CAMEROUN A BESOIN D’ÉCOUTE POUR SURVIVRE SANS DIALOGUE, ON VA DANS LE MUR.
Le chômage des jeunes est élevé, dans certaines régions, on y retrouve des écoles sans tables-bancs, des hôpitaux sans médicaments, la crise anglophone et Boko Haram toujours d’actualité, le repli identitaire.
Le gouvernement ne peut pas régler tout ça seul, nous devons échanger : si une personne d’une ethnie n’écoute pas son semblable d’une autre ethnie ou de religion différente, qu’allons-nous construire ? sur quelles fondations ??
Les plus grandes avancées de l’humanité sont nées du désaccord. La démocratie c’est ça : confronter les idées sans casser les visages. ?
REAPPRENDRE A ECOUTER : L’AFFAIRE DE TOUS ÇA NOUS CONCERNE TOUS, ÇA COMMENCE PARTOUT.
À la maison et à l’école : apprenons aux enfants que le respect ne se négocie pas. Disons à nos enfants qu’ils peuvent ne pas être d’accord avec leurs amis, mais dans le respect, sans injures.
Chez les leaders : politiciens, pasteurs, imams, chefs, journalistes, influenceurs, acteurs de la société civile, votre parole est une arme. Vous pouvez appeler au calme. Quand un leader tend la main, il autorise le dialogue ; votre responsabilité est immense.
Chez chacun de nous : c’est l’effort le plus dur. Avant de répondre sous la colère, Respirons. L’écoute est un muscle, plus tu l’utilises, plus il devient fort, et oui, ça demande plus de courage que d’insulter.
AfricTivistes CitizenLab Cameroun forme les jeunes à débattre sans insulter et propose des méthodes pour qu’on arrête de se crier dessus et qu’on commence à se construire ensemble.
En définitive, on ne sera jamais tous d’accord. Dans un Cameroun de 250 Ethnies, les divergences sont naturelles. Le vrai défi n’est pas d’effacer nos différences, c’est d’arriver à construire une maison commune sans se taper dessus à chaque décision. Le Cameroun de demain ne se fera pas contre les autres, il se fera avec les autres, surtout ceux qui ne pensent pas comme nous.
RIMO à MBASSA Davina
