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Et si la culture influençait davantage nos choix que nos pensées ?

• Publié le 4 juillet 2026

Quand les habitudes décident avant la réflexion : le défi silencieux de la société camerounaise

Pourquoi dénonçons-nous la corruption tout en cherchant parfois un « raccourci » lorsqu’elle nous arrange ? Pourquoi défendons-nous l’égalité tout en réservant certains rôles aux hommes ou aux femmes selon la tradition ? Pourquoi exigeons-nous des dirigeants intègres, mais continuons à voter en fonction de l’appartenance ethnique, familiale ou communautaire ?

Ces contradictions ne relèvent pas toujours de l’hypocrisie. Elles révèlent une réalité plus profonde : nos choix sont souvent davantage façonnés par notre culture que par nos convictions conscientes.

La psychologie sociale montre que nos décisions résultent rarement d’un raisonnement purement rationnel. Elles sont influencées par des normes sociales, des habitudes, le besoin d’appartenance et les attentes du groupe. La culture agit comme un ensemble de règles implicites qui orientent nos comportements avant même que nous ayons pleinement conscience de nos choix. (PMC)

La culture : un logiciel invisible

La culture n’est pas uniquement la danse, la gastronomie ou la langue. Elle est ce qui nous apprend, dès l’enfance, ce qui est considéré comme normal, acceptable ou respectable.

Au Cameroun, cette transmission est particulièrement puissante. Plus de 250 groupes ethniques, des traditions riches et des solidarités communautaires constituent un patrimoine exceptionnel. Mais cette richesse culturelle influence également notre manière de décider.

Dans de nombreuses situations, le choix individuel cède la place au regard de la famille, du village, de la communauté religieuse ou du groupe social.

Ce phénomène n’est pas propre au Cameroun. Les recherches en sociologie et en psychologie interculturelle montrent que les sociétés à forte orientation communautaire privilégient davantage les décisions collectives que les préférences individuelles. (PMC)

Quand la culture façonne les comportements camerounais

Cette influence apparaît dans plusieurs domaines.

Le vote. Les programmes politiques sont parfois relégués au second plan au profit des appartenances identitaires.

L’entrepreneuriat. Beaucoup de jeunes préfèrent un emploi administratif perçu comme socialement prestigieux plutôt qu’un projet entrepreneurial pourtant plus rentable.

L’éducation. Certains parents orientent encore leurs enfants vers des filières « honorables » selon les représentations sociales plutôt que selon leurs aptitudes.

La santé. Des personnes retardent une consultation médicale par peur du regard social ou privilégient certaines pratiques traditionnelles sans toujours les confronter à un avis médical.

La participation citoyenne. Beaucoup hésitent à dénoncer une injustice lorsqu’elle concerne un proche, un supérieur ou un membre de leur communauté.

Dans chacun de ces cas, le comportement est souvent guidé moins par ce que l’individu pense que par ce qu’il estime socialement acceptable.

Une culture qui protège… mais qui peut aussi limiter

Il serait injuste de présenter la culture comme un obstacle.

La solidarité familiale, le respect des anciens, l’entraide communautaire et la résilience collective constituent des ressources précieuses qui permettent à des milliers de Camerounais de surmonter les difficultés quotidiennes.

Le défi apparaît lorsque certaines normes deviennent incompatibles avec les exigences d’une société moderne fondée sur le mérite, l’innovation, la transparence et les droits fondamentaux. Une culture vivante n’est pas une culture figée.

Elle conserve ce qui renforce la société et transforme ce qui freine son développement.

Le véritable enjeu : apprendre à penser contre ses automatismes

L’un des plus grands défis du Cameroun n’est peut-être pas seulement économique ou politique. Il est culturel.

Comment développer l’esprit critique dans une société où le conformisme est souvent récompensé ?

Comment encourager la dénonciation des injustices lorsque la loyauté au groupe prime sur la recherche de la vérité ?

Comment promouvoir une citoyenneté active lorsque beaucoup considèrent encore les affaires publiques comme relevant exclusivement de l’État ?

Ces questions dépassent les réformes institutionnelles. Elles concernent notre manière de penser, d’éduquer et de transmettre les valeurs.

Le rôle d’Africtivist Citizen Lab Cameroon

C’est précisément dans cette dynamique qu’intervient Africtivist Citizen Lab Cameroon.

À travers l’éducation citoyenne, l’innovation civique, le numérique, la recherche, le suivi des politiques publiques et le renforcement des capacités des jeunes, l’organisation contribue à développer une culture de la participation, de la responsabilité et de l’esprit critique. Son approche ne consiste pas à opposer tradition et modernité.

Elle vise plutôt à permettre aux citoyens de comprendre les mécanismes qui influencent leurs décisions afin qu’ils puissent faire des choix plus libres, plus informés et davantage fondés sur l’intérêt général.

Former un citoyen capable de questionner une norme lorsqu’elle produit de l’injustice est déjà une forme de transformation sociale.

Une révolution culturelle silencieuse

Les infrastructures peuvent être construites en quelques années. Les lois peuvent être votées en quelques mois.

Mais transformer les comportements peut demander plusieurs générations.

Le développement durable d’un pays ne dépend pas uniquement de ses ressources naturelles ou de ses institutions. Il dépend aussi des normes sociales qui orientent les comportements quotidiens de ses citoyens.

La véritable question n’est donc peut-être pas :

« Que pensent les Camerounais ? »

Mais plutôt : « Les Camerounais choisissent-ils réellement en fonction de leurs convictions, ou en fonction de ce que leur culture attend d’eux ? »

Car c’est souvent à cette frontière, entre la pensée et le comportement, que se joue l’avenir d’une nation.

Par Kendjou Taka Gabriel