Nous vivons une époque où les effets de la crise environnementale ne relèvent plus de simples alertes scientifiques. Ils font désormais partie de notre quotidien. Les saisons deviennent imprévisibles, les températures s’intensifient, les catastrophes naturelles se multiplient et les ressources naturelles se raréfient dans plusieurs régions du monde.
Face à cette réalité, une question se pose avec de plus en plus d’insistance : être simplement citoyen suffit-il encore aujourd’hui ?
La citoyenneté, dans sa conception classique, renvoie à l’appartenance à une communauté politique. Elle implique des droits voter, s’exprimer, participer à la vie publique mais aussi des devoirs envers la société et l’État. Pourtant, à l’ère de la crise environnementale et climatique, cette définition semble désormais insuffisante tant de notre point de vue.
Les défis écologiques nous obligent à repenser notre manière d’être citoyen.
De la citoyenneté à l’éco-citoyenneté
Au cours des dernières décennies, les États ont adopté de nombreux cadres juridiques, politiques et économiques pour répondre aux enjeux environnementaux : conventions internationales, politiques climatiques, programmes de protection des ressources naturelles ou encore initiatives de transition énergétique. C’est le cas notamment avec les CDN, la participation aux COP (conférences des parties) et la publication dans certains cas sur les émissions de carbone par pays.
Mais une réalité demeure souvent sous-estimée : aucune politique environnementale ne peut réussir sans l’adhésion et l’engagement des citoyens. Car comme disait un auteur, on ne change pas une société par décret.
Les lois, aussi ambitieuses soient-elles, ne produisent des effets que lorsqu’elles sont intégrées dans les pratiques quotidiennes. Autrement dit, la protection de l’environnement ne peut pas être uniquement l’affaire des institutions. Pour réussir, elle doit devenir une responsabilité partagée.
C’est précisément dans ce contexte qu’émerge la notion d’éco-citoyenneté.
L’éco-citoyen n’est pas seulement un individu qui respecte les lois de son pays. Il est aussi un acteur conscient de l’impact de ses choix sur l’environnement et sur les générations futures. L’éco-citoyenneté implique une conception élargie de la relation entre l’individu, la société et l’État.
Elle repose sur l’idée que chaque citoyen est directement concerné par la protection de l’environnement et qu’il possède, à ce titre, une part de responsabilité dans la préservation des ressources naturelles.
Être éco-citoyen signifie alors adopter des comportements qui intègrent cette conscience écologique : réduire le gaspillage, préserver les ressources, limiter les pollutions, soutenir les initiatives durables ou encore participer aux actions collectives de protection de l’environnement.
Ces gestes peuvent sembler simples. Pourtant, leur impact devient considérable lorsqu’ils sont partagés à grande échelle. L’éco-citoyenneté transforme ainsi la citoyenneté en une pratique quotidienne.
La responsabilité est tant collective qu’individuelle
Dans de nombreuses sociétés, on attend souvent que les solutions viennent exclusivement des gouvernements ou des grandes institutions. Mais les crises environnementales nous rappellent que la responsabilité est à la fois collective et individuelle.
C’est la combinaison des petites à petite échelle soi-elles qui constituent les bases et prémices du changement que nous voulons. La manière dont nous consommons, dont nous produisons, dont nous utilisons l’énergie ou dont nous gérons nos déchets contribue directement à façonner l’environnement dans lequel nous vivons.
Être éco-citoyen signifie donc intégrer les préoccupations environnementales dans les principes fondamentaux de la citoyenneté. Il ne s’agit plus seulement de défendre ses droits, mais aussi de protéger les conditions mêmes qui rendent la vie possible pour tous.
Dans ce contexte, être citoyen aujourd’hui signifie également être gardien de l’environnement.
Notre rôle dans la société est à repenser
En tant que sociologue et acteur engagé de la société civile, j’observe de plus en plus que les nouvelles générations prennent conscience de cette responsabilité. Partout, des initiatives citoyennes émergent : mouvements écologiques, projets communautaires de reboisement, actions de sensibilisation ou encore innovations sociales pour un mode de vie plus durable.
Ces dynamiques montrent que la transition écologique ne peut pas être imposée uniquement par le haut. Elle doit aussi être portée par les citoyens eux-mêmes.
C’est peut-être là l’un des grands défis de notre époque : transformer la citoyenneté classique en une citoyenneté écologique.
Car face à l’ampleur des crises environnementales, être simplement citoyen ne suffit plus. Il nous faut désormais être éco-citoyens.
KASSI Roland, pour AfricTivistes CitizenLab Cameroun

