Au Cameroun, la présence des femmes dans la sphère politique reste en décalage avec leur poids démographique. Leur voix porte encore faiblement dans les instances de prises de décisions locales et nationales, à cause de nombreux facteurs qui entravent leur intégration ou leur émergence dans ce domaine. Ainsi, malgré le contexte politique des années 1990 (le multipartisme et le vent des démocraties), l’approche genre est faiblement intégrée dans la politique camerounaise. Le phénomène de démocratisation ne satisfait pas encore la population, notamment la gente féminine qui reste encore absente des tables où se prennent les grandes décisions qui concernent pourtant toute la population.
UNE REPRÉSENTATION EN HAUSE, MAIS INÉGALE SELON LES INSTITUTIONS
La représentation politique des femmes s’appuie sur la loi n°2011/018 du 15 décembre 2011 portant code électoral. Cette loi impose aux partis politiques de promouvoir l’accès des femmes aux mandats électifs et fonctions électives.
- Le pouvoir Législatif : l’avancée la plus visible
À l’Assemblée nationale, Les femmes occupent de plus en plus de sièges, soit plus de 50 députés sur 180. Au Sénat, davantage de sénatrices sont élues et nommées. Ainsi, le Cameroun figure dans le top dix africain pour la part des femmes parlementaires.
- Le pouvoir Exécutif : la parité encore lointaine
Au gouvernement, l’écart reste encore marqué. Les femmes dirigent certains ministères clés comme les Affaires sociales, la Promotion de femme, l’Éducation de base. Mais elles restent minoritaires dans l’ensemble.
- Le pouvoir local : des progrès mais des plafonds
Au niveau local, on compte plus de conseillères municipales et régionales aujourd’hui, même si les postes de maires et de présidents régionaux restent majoritairement masculins.
LES DEFIS : POURQUOI ÇA BLOQUE ENCORE
Malgré les progrès, 3 freins reviennent constamment :
- Le poids des pesanteurs socioculturelles
Dans beaucoup de régions, la politique est encore perçue comme une ‘’affaire d’hommes’’. Le leadership féminin est parfois vu comme une remise en cause de l’ordre établi. Une femme candidate doit souvent ‘‘prouver plus’’ pour être légitime.
- L’accès aux ressources
Le manque de ressources financières autonomes handicape le financement des campagnes. Les femmes ont moins accès au crédit, aux réseaux d’affaires et aux sponsors politiques, ce qui limite leurs actions. Une campagne coûte cher : affiches, meetings, caravanes ; sans argent, difficile d’exister face aux candidats masculins.
- La violence et le harcèlement politique
Rumeurs, attaques sur la vie privée, sexisme en campagne, intimidation : ce sont les ‘‘coûts cachés’’ que subissent les femmes en politique, ce qui décourage certaines vocations.
À cela, s’ajoute le double fardeau : concilier vie familiale, enfants, foyer, avec les exigences de la vie politique faite de déplacements, réunions tardives et pression constante.
LES PROGRÈS ET LEVIERS D’ACTION
Pour pallier cette sous-représentation, Plusieurs mécanismes ont été enclenchés. Ils sont portés ensemble par le gouvernement, les partis politiques et la société civile :
- Le code électoral : le levier juridique
L’article 151 impose aux partis politiques de tenir compte du genre dans la constitution des listes électorales, sous peine de rejet de la liste. Ce dispositif a servi de catalyseur pour l’augmentation du nombre de femmes au Parlement et dans les conseils municipaux
- Les Actions gouvernementales et associatives : former et encourager
Le MINPROFF- Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille mène des campagnes de sensibilisation et d’éducation à la civique ; des organisations comme More Women In Politics, AfricTivistes CitizenLab Cameroun mènent des programmes de formation, de plaidoyer et de sensibilisation pour encourager le leadership féminin.
- L’Émergence de nouveaux modèles : inspirer pour recruter
L’accès progressif de femmes à des postes de ministres, secrétaires généraux, maires ou têtes de partis crée des modèles qui inspirent la jeune génération. Quand une jeune fille voit une femme diriger, elle comprend que la politique n’est pas interdite. Ces parcours brisent les stéréotypes et donnent envie de s’engager.
Le Cameroun a franchi une première étape : faire entrer les femmes au Parlement et dans les conseils. La représentation des femmes n’est pas un combat des femmes contre les hommes. C’est un levier de développement pour tout le Cameroun.
Les femmes désireuses de faire une bonne carrière politique doivent prendre en main leur destin, se former, s’organiser et faire preuve d’engagement. Le talent seul ne suffit pas : il faut de la stratégie et de la résilience.
Comme le dit un adage africain : « Quand une femme entre en politique, c’est toute la communauté qui avance ».
RIMO à MBASSA Davina

