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Pourquoi le chômage reste-t-il un défi majeur pour le Cameroun ?

• Publié le 7 juillet 2026

Entre pauvreté, sous‑emploi et coût de la vie

« Au Cameroun, près de 70 % des actifs occupés sont en situation de sous‑emploi. » Ce chiffre, souvent cité dans les débats publics, illustre que le problème ne se limite pas à l’absence d’emploi, mais à la qualité et à la stabilité de ceux qui existent.

 Le chômage vu par les Camerounais

Selon Afrobarometer (2024), les Camerounais considèrent le chômage et la cherté de la vie comme les deux problèmes prioritaires que leur gouvernement devrait résoudre.

  • 67 % jugent l’économie nationale en mauvais état.
  • 47 % estiment que leurs conditions de vie personnelles sont mauvaises.
  • 76 % déclarent vivre une pauvreté modérée ou sévère.

Ces données montrent que le chômage n’est pas seulement une statistique : il est ressenti comme une menace directe pour la dignité et la survie quotidienne.

Les causes profondes

  1. Inadéquation formation‑emploi : les diplômes ne correspondent pas aux besoins des entreprises.
  2. Poids du secteur informel : la majorité des emplois sont non déclarés, sans protection sociale.
  3. Croissance économique insuffisante : elle ne génère pas assez de postes stables.
  4. Inégalités de genre : les femmes sont plus exposées au chômage et au sous‑emploi.

Ces constats rejoignent les analyses d’Alexandre Kolev (2005), qui montre que la pauvreté est liée non seulement au chômage, mais aussi à la qualité de l’emploi. De même, Denis Anne et Yannick L’Horty (2013) rappellent que le chômage est pluriel : conjoncturel, structurel ou sous‑emploi.

Conséquences socio‑économiques

Les effets du chômage dépassent les statistiques :

  • Économiques : baisse de la productivité, réduction des revenus fiscaux pour l’État, perte d’un potentiel de croissance considérable. Les jeunes sans emploi se rabattent sur des solutions précaires, limitant leur contribution à l’économie.
  • Sociaux : frustrations, tensions et sentiment de marginalisation. Les manifestations de 2017 dans les régions anglophones illustrent comment le chômage et l’absence d’opportunités peuvent nourrir la contestation et amplifier l’instabilité politique.
  • Santé mentale : selon l’OMS, le chômage est lié à des niveaux élevés de stress, d’anxiété et de dépression. Cette détérioration psychologique entrave la recherche active d’emploi et entretient un cercle vicieux.

Les pistes de solutions

  • Investir dans la formation professionnelle : adapter les compétences aux besoins réels du marché.
  • Valoriser l’entrepreneuriat local : soutenir les petites entreprises et l’innovation.
  • Améliorer la qualité de l’emploi : garantir des conditions dignes et une protection sociale.
  • Mobiliser la société civile : des initiatives comme Africtivistes CitizenLab Cameroun peuvent transformer ces constats en débats citoyens et en actions concrètes.

En definitif, le chômage au Cameroun n’est pas seulement une question de statistiques, c’est un défi de dignité et de justice sociale. Tant que les emplois resteront précaires et mal adaptés, la pauvreté persistera.

Et si la vraie bataille n’était pas seulement contre le chômage, mais pour la création d’emplois de qualité qui redonnent espoir et stabilité aux jeunes Camerounais ?

Sources

  • Afrobarometer (2024). Les Camerounais citent le chômage et l’augmentation du coût de la vie comme les problèmes prioritaires. Disponible sur : afrobarometer.org
  • Kolev, Alexandre (2005). Chômage, qualité de l’emploi et pauvreté : le cas de la Bulgarie. Revue internationale du travail, Vol. 144, n°1, pp. 89‑120.
  • Anne, Denis & L’Horty, Yannick (2013). Économie de l’emploi et du chômage. Armand Colin, Chapitre 5, pp. 121‑161.
  • Organisation mondiale de la santé (OMS). Santé mentale et chômage : impacts et risques.