Dans la majorité des États africains, comme dans de nombreux systèmes juridiques à travers le monde, le droit de manifester pacifiquement est formellement consacré par les Constitutions, les lois nationales et les instruments internationaux de protection des droits humains. Pourtant, dans la pratique, l’expression collective de la contestation demeure l’un des droits les plus fragiles : manifestations interdites par voie administrative, encadrement sécuritaire dissuasif, dispersions brutales, arrestations arbitraires, voire usage disproportionné de la force. Cette tension persistante entre la norme juridique et la réalité politique ne relève ni de l’accident ni de l’exception. Elle est le produit de configurations structurelles où s’entremêlent héritages autoritaires, stratégies contemporaines de contrôle social et logiques de conservation du pouvoir.
Comprendre cette contradiction suppose de dépasser le registre de l’indignation pour interroger les mécanismes profonds qui transforment un droit constitutionnel en menace politique. Il s’agit d’analyser les rapports de force entre gouvernants et gouvernés, la manière dont l’État conçoit l’ordre public, instrumentalise le droit et mobilise l’appareil sécuritaire pour encadrer, voire neutraliser, la mobilisation citoyenne. Dans ces contextes, la manifestation n’est plus seulement un mode d’expression démocratique ; elle devient un révélateur des limites effectives de l’État de droit.
S’appuyant sur des cas récents au Cameroun, au Nigeria et au Sénégal, sur des rapports d’organisations de défense des droits humains ainsi que sur des apports théoriques issus de la sociologie politique et du droit constitutionnel, cet article poursuit un double objectif. D’une part, mettre en lumière les ressorts juridiques, politiques et symboliques de la répression des mobilisations citoyennes. D’autre part, esquisser des pistes de réflexion pour réconcilier l’exercice effectif du droit de manifester avec les exigences d’une démocratie substantielle, fondée non sur la tolérance conditionnelle de la contestation, mais sur sa reconnaissance comme composante essentielle de la vie politique.
1. Droit fondamental ou permission ? Le cadre juridique vs la pratique
1.1 Un droit formel trop souvent contourné
Dans de nombreux pays du continent, la liberté de réunion pacifique est théoriquement garantie. Toutefois, les États s’appuient sur des lois d’ordre public, des régimes d’autorisation, des exigences de préavis ou des décisions discrétionnaires d’autorités locales pour encadrer, voire interdire les rassemblements. Le flou juridique, combiné à une large marge d’interprétation, rend la permission d’organiser des manifestations aléatoires.
Selon le rapport 2023 de CIVICUS, ce type de régulation, souvent héritée de cadres coloniaux, reste un des principaux vecteurs de contrôle de l’espace civique.Selon Amnesty International Nigeria, en pratique, nombre de manifestations spontanées ou de protestations sociales sont considérées comme « non autorisées » et exposées à la répression.
Dans la plupart des États démocratiques, le droit de manifester est reconnu comme un droit fondamental, associé à la liberté d’expression et d’association. En Europe, il découle notamment de l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Mais cette garantie n’est pas absolue : la CEDH autorise des restrictions lorsqu’elles sont jugées « nécessaires dans une société démocratique », notamment pour des raisons :
- de sécurité nationale
- de maintien de l’ordre
- de protection d’autrui
- de prévention des troubles
Un grand nombre de pays utilisent cette marge d’interprétation pour encadrer très fortement les manifestations, en imposant des déclarations préalables, des itinéraires imposés, des interdictions locales ou temporaires, la présence systématique des forces de l’ordre…
Cela crée un système où le droit existe, mais demeure conditionné, contrôlé, souvent précaire.
1.2 La montée de la logique sécuritaire : la manifestation vue comme un “risque”
L’enjeu pour les régimes politiques est souvent moins la suppression pure du droit qu’un contrôle strict de son exercice. Les autorités tolèrent des formes d’expressions « inoffensives » (activités culturelles, cérémonies, commémorations), mais perçoivent toute mobilisation collective structurée comme un risque celui d’ébranler l’ordre établi, de fédérer des opposants, d’exposer des contestations sociales. Cette ambivalence révèle la nature instrumentale du droit : garanti sur le papier, accessible au bon vouloir du pouvoir.
Depuis les années 2000, les États ont progressivement basculé vers une logique de sécuritisation (La sécuritisation, c’est l’ensemble des processus à travers lesquels un enjeu social, public, est élevé au rang d’enjeu de sécurité, avec tout ce que cela peut entraîner. Par exemple, la question du traitement dans l’urgence est un élément propre à la sécuritisation. En une phrase, c’est la transformation fonctionnelle d’un problème en enjeu de sécurité. Ce problème aurait pu être traité dans d’autres termes mais on choisit de le présenter comme un enjeu de sécurité, entraînant une grammaire et des pratiques tout à fait singulières. Thierry Balzacq)
En théorie, c’est le processus par lequel un gouvernement transforme un phénomène social ou politique en problème de sécurité nécessitant une réponse exceptionnelle. Concept développé par l’École de Copenhague (notamment Barry Buzan, Ole Wæver). Appliquée aux manifestations, cette logique conduit à :
- percevoir les rassemblements comme potentiellement déstabilisateurs
- adopter des lois antiterroristes ou anti-émeutes qui s’étendent aux protestations
- multiplier les dispositifs de contrôle préventif
Conséquence, une présomption d’illégalité ou de dangerosité se substitue parfois à la présomption de légitimité des protestataires. Exemple : La France a élargi en 2019, via la loi “anti-casseurs”, les conditions de fouille et d’interdiction de manifester. Analyse du Défenseur des Droits
2. Héritage historique et culture sécuritaire de l’État
Pour saisir la récurrence de la répression, il faut remonter aux fondations de nombreux États postcoloniaux. Ces États sont souvent construits autour d’appareils coercitifs (police, armée, forces paramilitaires) dont la légitimité historique reposait sur le contrôle social, la surveillance, la discipline. La transition vers un régime démocratique ne suffit pas à effacer cette culture sécuritaire enracinée.
Les réflexions de l’essayiste africain Achille Mbembe illustrent bien ce paradoxe : dans plusieurs États postcoloniaux, l’État reste conçu comme une entité régulatrice avant d’être un garant des libertés, ARTICLE 19 La conséquence : la contestation politique est structurellement suspecte, la répression s’inscrit alors non comme exception, mais comme variante de gestion de l’ordre. Le maintien de l’ordre dépend largement de la tradition administrative de chaque pays.
Deux modèles s’opposent :
- Le modèle “négocié” (Allemagne, Pays-Bas, pays nordiques)
Objectif : éviter l’escalade, privilégier le dialogue.
Études comparatives : https://www.jstor.org/stable/26293951
- Le modèle “dissuasion–répression” (France, plusieurs pays africains et asiatiques)
Objectif : contrôler l’espace public, disperser rapidement, éviter tout débordement.
Analyse critique sur le modèle français : https://www.ladocumentationfrancaise.fr/docfra/rapport_maintien_ordre_2018.pdf
Dans les pays où le modèle de dissuasion domine, plusieurs facteurs augmentent mécaniquement le risque de répression :
- usage important d’unités paramilitaires (CRS, gendarmerie mobile, unités anti-émeutes)
- emploi disproportionné de la force (gaz lacrymogènes, canons à eau, LBD)
- stratégies de “nasse” et d’encerclement
- faible culture de la négociation
Des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch documentent régulièrement ces dérives. Par exemple, rapport HRW sur les dispersions violentes. Le paradoxe est visible : les techniques visant officiellement à sécuriser les foules contribuent parfois à les radicaliser. Au-delà du cadre juridique ou policier, il existe une dimension éminemment politique. Dans de nombreux régimes hybrides ou démocraties fragilisées, la rue incarne un espace de contestation directe du pouvoir — et donc un risque de délégitimation.
Les gouvernements répriment davantage lorsque l’élection est contestée, la popularité est en baisse, les enjeux socio-économiques sont explosifs, la manifestation révèle une coalition sociale potentiellement dangereuse, la critique vise personnellement les dirigeants…
La répression devient alors un outil de gestion du pouvoir : réduire la visibilité des critiques, casser les dynamiques collectives, décourager la mobilisation. Analyse académique sur les formes de répression politique (Levitsky & Way, Competitive Authoritarianism). Exemple : Un rapport d’Amnesty sur l’Afrique montre que les manifestations relatives au coût de la vie, aux élections ou à la gouvernance entraînent des réactions plus violentes.
Un facteur rarement évoqué explique aussi la répression : la peur de l’instabilité. Dans de nombreux pays, une partie de la population associe les manifestations au chaos, soutient une intervention policière rapide, voit dans les protestataires des fauteurs de trouble…
Ce climat alimente la légitimité politique des dispositifs répressifs.
3. Mécanismes de répression : comprendre les dynamiques
3.1 Psychose de la déstabilisation, quand l’État croit agir pour sa survie
Dans de nombreux contextes, les pouvoirs en place perçoivent les manifestations comme des menaces existentielles : risque de contagion, d’embrasement national, d’unification de groupes sociaux hétérogènes sous une même revendication. La répression devient alors un acte de préemption, un moyen d’éviter ce qu’on anticipe comme un embrasement.
Prenons l’exemple de #EndSARS protests au Nigeria : la dispersion du rassemblement populaire à Lagos, le 20 octobre 2020, a conduit l’armée et la police à ouvrir le feu sur des manifestants pacifiques selon Amnesty International et Human Rights Watch. Les tirs ont visé des foules non armées, preuve que l’objectif n’était pas la restauration de l’ordre mais l’intimidation et la dissuasion.
Ce genre d’action envoie un message clair : la contestation, même pacifique, ne sera pas tolérée si elle remet en cause les équilibres du pouvoir.
3.2 Lois d’ordre public larges et prérogatives discrétionnaires
Les cadres légaux d’ordre public (interdiction des marches, obligations de préavis, surveillance des organisateurs, etc.) donnent à l’État des pouvoirs étendus. Le droit de manifester devient dépendant d’autorisations, de formulaires, de délais, autant d’obstacles bureaucratiques souvent insurmontables, surtout pour des mouvements citoyens spontanés.
Ces dispositifs font écran entre le droit de réunion et son exercice effectif. Même dans les démocraties nominales, les autorités peuvent invoquer l’« ordre public », la « sécurité », voire le « bien-être général » pour justifier l’interdiction ou la dispersion des manifestations.
3.3 Impunité, refus de reddition de comptes et faiblesse judiciaire
Quand la répression s’accompagne de violences (tirs, arrestations massives, torture), les victimes peinent souvent à obtenir justice. Les enquêtes sont lentes, les procès rares, les responsables rarement poursuivis. Ce déficit de responsabilité institutionnelle alimente l’impunité.
Deux ans après le #EndSARS, l’ONG Amnesty International dénombre encore plus de 40 manifestants emprisonnés sans procès pour leur participation aux protestations de 2020. Ce constat révèle un traitement différencié selon l’acteur : protester = risquer la répression, parfois sans espoir de recours.
L’absence de reddition de comptes fonctionne comme un système de dissuasion permanente : manifester devient non seulement un risque immédiat, mais aussi un pari juridique à long terme.
3.4 Surveillance, intimidation préventive et contrôle des mobilisations
À l’ère numérique, la répression ne se limite plus au terrain. Les gouvernements mobilisent les technologies de surveillance, le blocage d’internet, l’infiltration des groupes en ligne, le traçage des organisateurs. Le caractère préventif de ces mesures transforme la menace en anticipation, l’objectif est d’empêcher la mobilisation avant même qu’elle ne prenne forme.
Des rapports récents alertent sur cette transformation : ce qui était maniement de l’ordre devient neutralisation de l’opposition. Ainsi, le droit de manifester est vidé de sa substance : l’espace de liberté est réduit, voire verrouillé, avant même toute expression collective.
4. Études de cas africaines récentes
4.1 Cameroun : manifestations politiques systématiquement interdites
En janvier 2019, des manifestations pacifiques organisées par le parti d’opposition Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) ont été violemment réprimées : des manifestants ont été blessés par balles, des arrestations massives ont eu lieu, et des protestations pacifiques ont été présentées comme des « marches interdites ».
Selon CIVICUS Monitor, le Cameroun figure depuis plusieurs années parmi les pays où l’espace civique est le plus réprimé. L’interdiction systématique des marches, le recours à la force et la criminalisation de l’opposition illustrent le décalage entre droit constitutionnel et pratique politique.
4.2 Nigeria – #EndSARS : de la protestation à la répression meurtrière
Le 20 octobre 2020, lors d’une protestation contre les violences policières, des soldats et policiers ont tiré sur des manifestants pacifiques au péage de Lekki et à Alausa à Lagos. Au moins 12 personnes ont été tuées, des dizaines blessées. L’enquête de terrain de Amnesty International a confirmé l’usage de balles réelles, la suppression de l’éclairage public et la désactivation des caméras de surveillance. Des éléments décrits comme preuve d’un plan délibéré de répression.
Un an plus tard, malgré ces révélations, aucun membre des forces de sécurité n’avait été poursuivi : l’impunité persiste. Le cas EndSARS est emblématique de la façon dont un État peut transformer une demande citoyenne de justice en répression, et utiliser la violence létale pour dissuader toute contestation.
4.3 Sénégal : répression d’un droit de manifester en période électorale
En 2023, des manifestations en soutien à l’opposant Ousmane Sonko ont été violemment dispersées par les forces de l’ordre. Au moins 16 personnes auraient été tuées et des centaines blessées. Des arrestations massives, des violences policières sévères, des entraves à l’accès à l’internet et à l’information ont été documentées.
Sur plus de trois ans (2021–2024), la promulgation d’une loi d’amnistie protégeant les auteurs de violences policières a illustré le désengagement de l’État vis-à-vis de la justice, rendant l’exercice de la manifestation pratiquement mort-né.
Ces exemples montrent que la répression, loin d’être un excès ponctuel, est un instrument délibéré de gestion du dissensus, surtout quand les échéances électorales approchent.
4.4 Interprétations théoriques : au-delà de l’explication sécuritaire
Trois niveaux interprétatifs permettent de dépasser la simple causalité :
- La logique de l’État-sécuritaire : la répression est l’expression d’une culture étatique qui privilégie la gestion des risques et la « pacification » au détriment du débat. Mbembe et d’autres chercheurs ont insisté sur ces matrices historiques.
- L’ancrage politique de la préservation du pouvoir : pour les régimes hybrides, tolérer le dissensus organisé signifie risquer la recomposition du champ politique ; mieux vaut circonscrire la contestation. Les événements récents en Afrique de l’Ouest et centrale confirment ce calcul.
- Le paradoxe de la légitimité : la répression vise à préserver une légitimité ordonnée (stabilité), mais finit par l’éroder à long terme, « stabilité sans droits » décrite par Larry Diamond. Ce paradoxe est central pour comprendre pourquoi la répression est politiquement courante mais potentiellement délétère.
5. Les conséquences politiques, sociales et morales de la répression
- Démobilisation et désillusion : la peur, l’impunité, l’impression d’absence de résultats dissuadent les citoyens, surtout les jeunes, de s’engager. La protestation perd son efficacité comme moyen de pression.
- Radicalisation ou désespoir : face à la fermeture de voies pacifiques, certains peuvent se radicaliser ou sombrer dans la résignation.
- Affaiblissement du contrat social : la répression remet en cause la légitimité de l’État, érode la confiance entre gouvernants et gouvernés, fragilise la cohésion sociale.
- Neutralisation des droits fondamentaux : l’espace de liberté publique se contracte, le pluralisme est affaibli, la société civile s’asphyxie.
Comme le note l’universitaire Larry Diamond, « la stabilité sans droits n’est pas la paix ; c’est la pacification du politique ». Une stabilité fondée sur le silence, non sur la justice.
6. Vers une conciliation entre ordre public et liberté de manifester : pistes de réforme
Pour qu’une protestation reste un droit, et non un pari, trois niveaux d’action s’imposent :
- Réformer les cadres légaux : supprimer les régimes d’autorisation arbitraire, adopter des règles de notification simple, garantir la transparence des procédures, limiter les pouvoirs discrétionnaires.
- Garantir l’indépendance de la justice : enquêtes impartiales, poursuites effectives, justice rétributive et réparatrice, non recours à l’amnistie comme mécanisme d’impunité.
- Professionnaliser les forces de maintien de l’ordre : formation aux droits humains, recours à la force uniquement en dernier ressort, recours à des méthodes non létales, respect des protocoles internationaux.
- Encourager le dialogue institutionnalisé : création de plateformes de concertation entre société civile, représentants étudiants/jeunesse, syndicats et gouvernants ; recours à des mécanismes de médiation avant que la contestation ne se radicalise.
- Protéger l’espace numérique : garantir la liberté d’expression en ligne, réglementer la surveillance, garantir que l’internet ne soit pas fermé en période de protestation, protéger les lanceurs d’alerte et organisateurs.
Ces réformes exigent non seulement un engagement législatif, mais un changement de culture politique : le droit de manifester doit être perçu non comme un luxe. Mais comme un pilier de la gouvernance démocratique.
En définitive, la répression des manifestations citoyennes dans l’Afrique contemporaine ne peut être réduite à des dérives ponctuelles, à des maladresses opérationnelles ou à une supposée fragilité institutionnelle. Elle s’inscrit dans un ensemble relativement cohérent de choix politiques et de pratiques étatiques, façonnés par des héritages sécuritaires persistants, des conceptions restrictives de l’ordre public et une méfiance structurelle à l’égard de la mobilisation collective. Dans de nombreux contextes, la contestation n’est pas perçue comme une composante normale de la vie démocratique, mais comme une menace à neutraliser, ce qui conduit à une instrumentalisation du droit et à une normalisation de la violence étatique.
Tant que ces logiques profondes ne seront pas interrogées et transformées, sur les plans juridique, institutionnel, politique et culturel, la fracture entre la reconnaissance formelle du droit de manifester et son exercice effectif continuera de se creuser. La persistance de cette contradiction fragilise non seulement la crédibilité des Constitutions et des engagements internationaux des États, mais érode également la confiance des citoyens dans les institutions et dans la promesse démocratique elle-même.
Reconnaître cette réalité, l’analyser rigoureusement, la documenter et en débattre publiquement constitue déjà un acte politique au sens fort. Mais l’enjeu dépasse le diagnostic : il appelle des réformes concrètes, une redéfinition du rôle des forces de sécurité, et une réappropriation citoyenne du droit comme instrument de protection plutôt que de répression. C’est à ce prix que pourra émerger une démocratie substantielle, dans laquelle manifester ne relèverait plus du courage ou du risque, mais de l’exercice ordinaire et légitime d’un droit pleinement assumé par l’État et par la société.
ELSA ROSE NDJOUN CHEPING

