
Chronique d’un silence collectif au Cameroun
Nous commentons les décisions présidentielles, les grands sommets internationaux, les crises diplomatiques, les débats à Yaoundé. Nous partageons des analyses sur la géopolitique, sur l’Union africaine, sur les grandes stratégies climatiques. Mais combien d’entre nous connaissent le nom du chef de bloc de leur quartier ? Combien savent ce qui se décide au conseil municipal ? Combien ont déjà discuté avec leur voisin d’un problème commun ?
Au Cameroun, nous avons développé une étrange obsession du **sommet**. Le pouvoir central, les grandes figures, les annonces nationales captent toute notre attention. Pendant ce temps, les réalités locales — insalubrité chronique, routes dégradées, insécurité de proximité, conflits communautaires — restent souvent traitées comme des fatalités.
Nous débattons de corruption à grande échelle, mais tolérons le petit arrangement local. Nous dénonçons l’incivisme national, mais jetons nos déchets derrière la maison. Nous analysons les élections nationales, mais ignorons les mécanismes de participation locale.
Ce décalage est dangereux.
Une démocratie ne se construit pas seulement par le haut. Elle se nourrit d’engagements ordinaires, de responsabilités partagées, de discussions de proximité. Une société forte commence par un voisinage responsable. Lorsque le dialogue disparaît à l’échelle locale, la méfiance s’installe. L’indifférence grandit. Et l’État devient un acteur lointain, presque abstrait.
Pourquoi ce réflexe ? Parce que le sommet fascine. Il donne l’illusion d’importance. Parler du haut permet d’éviter l’inconfort du bas. Le voisin, lui, nous oblige à agir. Il nous confronte à nos propres contradictions.
Pourtant, c’est dans le quartier que se joue la citoyenneté réelle. C’est dans la rue que se construit la culture de responsabilité. C’est dans la communauté que naît la transformation durable.
C’est précisément dans cette brèche que s’inscrit le **AfricTivistes Citizen Lab Cameroun**. À travers ses programmes de formation citoyenne, ses projets de civic tech et ses initiatives de mobilisation communautaire, le Citizen Lab ne parle pas seulement du sommet. Il travaille au niveau du terrain. Il accompagne les jeunes à comprendre leurs droits, à documenter les réalités locales, à dialoguer avec les autorités municipales, à transformer une plainte en proposition.
Le Citizen Lab encourage une citoyenneté ancrée : observer son quartier, comprendre ses dynamiques, identifier des solutions locales avant d’exiger des réponses nationales. Il forme des citoyens capables d’agir là où ils vivent, pas seulement de commenter ce qui se passe au sommet.
Changer le Cameroun ne commence pas à la tribune d’un sommet international. Cela commence dans une rue propre, une réunion de quartier, un dialogue sincère entre voisins.
Parler du sommet est facile. Parler au voisin demande du courage.
La vraie révolution citoyenne commence lorsque nous cessons de regarder uniquement vers le haut… et que nous assumons notre responsabilité à côté de nous.
Par Kendjou Taka Gabriel Ludovic
