Tant que la loi est un costume qu’on enfile pour les photos officielles, on n’a pas un État de droit, on a un État partiel.
Au Cameroun, vous trouverez des constitutions progressistes, des codes pénaux modernes, des lois qui protègent, les femmes les enfants les travailleurs. Sur le papier, tout y est, la vitrine est impeccable.
Le problème commence quand tu sors, quand l’article de loi cède face au coup de fil, quand la règle devient ‘‘ on va gérer’’, quand la justice devient ‘‘ il faut voir le chef’’. C’est ça un État partiel, un État qui fonctionne pleinement pour certains, et à peine pour d’autres. La loi est là, mais elle ne s’applique pas toujours dans la vie réelle. Prenons le cas de la démocratie, au Cameroun, elle est plus représentative, que participative au niveau des lois. La constitution du Cameroun prévoit le Référendum. C’est uniquement le Président de la République qui décide. Le peuple ne peut pas déclencher un référendum, pas de pétition citoyenne, pas de budget participatif inscrit.
On parle ainsi d’un dédoublement de personnalité juridique : l’État partiel, entre la loi-vitrine et la loi-trottoir.
UN ÉTAT À DEUX VISAGES
Un État partiel fonctionne avec deux lois parallèles. Une pour la vitrine, une pour le trottoir.
La loi-vitrine : le droit officiel
C’est la loi qu’on monte. Elle sert à rassurer les partenaires internationaux et l’opinion publique nationale, à signer des conventions et à décrocher des financements. C’est la Norme formelle : Constitutions, codes, décrets, traités internationaux, ratifications. Sur le papier, tout est moderne, progressiste, protecteur.
La loi-trottoir : la règle réelle
C’est la loi qui s’applique vraiment. Elle est orale, négociable, personnelle. Elle dit par exemple, ‘’le permis de construire est gratuit … mais il faut motiver l’agent’’. C’est la pratique réelle : corruption, agissement arbitraire, impunité, passe-droits, lenteurs administratives. Dans la rue, au bureau, au tribunal, c’est une autre règle qui gagne.
EXEMPLES CONCRETS DU DÉCALAGE AU CAMEROUN :
- La constitution parle de décentralisation. La loi de 2004 permet aux communes de ‘‘consulter’’ la population. Aucun pouvoir budgétaire direct pour le citoyen. Le Maire t’écoute poliment pendant la consultation, puis peut décider de faire autre chose.
- La constitution dit que « la souveraineté appartient au peuple », mais pas de référendum d’initiative populaire, pas de pétition citoyenne contraignante, pas de budget participatif inscrit dans la loi. Le peuple est souverain un jour tous les sept ans : le jour du vote.
- Le Code du travail est moderne (contrat, smig, congés, sécurité sociale) mais l’informel est majoritaire et non protégé
- La Justice à deux vitesses : lente pour les faibles, rapide pour les forts
- La corruption de routine qui tue la règle ; exemple : violation du feu rouge parce que ‘’le policier ne dit rien si tu donnes 1000f ‘’
- La peur et l’ignorance bloquent la réclamation des droits : le citoyen ne connaît pas ses droits. Et s’il les connaît, il a peur des représailles s’il réclame.
CONSÉQUENCES :
- Société : quand la loi ne protège pas, chacun fait sa loi ; montée de la justice populaire, des milices, de la violence
- Moral : on tue l’idée même de mérite. Pourquoi jouer franc-jeu si le piston gagne toujours ? le citoyen comprend que ce n’est pas l’article du code qui compte, mais « la relation » ; le pays perd ses meilleurs talents qui s’en vont ‘’tenter’’ à mbeng
- Économie : sans protection de la loi, l’informel ne peut pas grandir ; le petit débrouillard condamné à rester petit ; sans participation du peuple, on investit à côté des besoins réels, l’argent public rate sa cible
- Politique : le lien civique se rompt. Les jeunes se demandent pourquoi voter ? pourquoi payer l’impôt ? pourquoi respecter l’État si l’État ne te respecte pas ? l’abstention et la révolte deviennent les deux seules formes de communication
- Citoyenneté : pourquoi s’impliquer si le chef décide déjà ? le mérite associatif est inférieur au mérite politique ; à force de voir le puissant s’en sortir, et le faible couler, le citoyen intègre que ‘’la loi c’est pour les autres’’.
Face à une constitution parfois ignorée, AfricTivistes CitizenLab Cameroun œuvre pour faire passer le citoyen qui subit à celui qui décide en armant celui-ci de connaissances pour révolutionner sa vision et mieux appréhender la société.
Un pays ne peut changer qu’avec des slogans et des lois moins biaisées, il change quand le citoyen quitte les gradins pour entrer sur le terrain, quand il passe de spectateur à participant et de quémandeur à décideur.
Alors, cher citoyen :
Cesse de subir. Commence à agir.
Le pouvoir ne se donne pas, Il se prend.
RIMO à MBASSA Davina

